Saison 3, épisode 1 : le syndrome post-Erasmus

Ernests Dinka

Depuis son lancement en 1984, ce sont quelques trois millions d’étudiants qui ont bénéficié du programme d’échange européen Erasmus. Mais à cette expérience que beaucoup qualifient d’inoubliable, c’est la dépression qui semble dans la plupart des cas succéder.

Syndrome post-Erasmus. Ce terme aux allures mélodramatiques se heurte à la joie et l’excitation de l’expérience Erasmus même. C’est Fiorella de Nicola, jeune étudiante italienne en sociologie qui a, la première, nommé la phase de dépression qui accompagne inéluctablement, tel un bagage encombrant, le retour de l’étudiant Erasmus sur sa terre natale.

Étudiante pendant sept mois à Riga, je garde moi aussi un goût amer de cette phase post-Erasmus, empreinte de nostalgie. Je me souviens, alors que j’étais toujours en Lettonie et que le départ que je redoutais approchait petit à petit, ma colocataire ukrainienne Vira m’avait déclaré :

« Erasmus, ce n’est pas la vraie vie. »

Et ce petit bout de phrase, empli de sagesse, sans violence apparente, m’avait pourtant fait l’effet d’une gifle. L’insouciance, maitre-mot de cette année que je vivais en expatriée, s’était évanouie, éclatant par là même la bulle Erasmus dans laquelle nous vivions, nous tous étudiants étrangers, avides de rencontres et de découvertes. Aussi, c’est le cœur serré que j’ai du quitter Riga. A peine avais-je retrouvé mon chez-moi que j’explorais les sites Internet des compagnies aériennes low cost, guettant la moindre bonne affaire pour rejoindre mes copains de « là-bas ». Scrutant les photos de nos soirées endiablées et enviant ceux restés dans la capitale Lettone, je refusais de me dire qu’ Erasmus était, pour moi, bel et bien terminé.

Le retour marque la fin d’une « parenthèse enchantée ». Christophe Allanic, psychologue nantais s’intéressant à la psychologie du voyage et de l’expatriation, considère le voyage « comme circulaire, (et) non linéaire », donnant l’impression parfois pénible de revenir à son point de départ. La boucle que l’on referme lorsqu’ arrive le moment du retour ne signifie pas pour autant que l’on n’avance plus : bien que cette phase de blues – qui marque l’entrée dans l’âge adulte et la perte d’un monde idéal – ne soit pas des plus agréables, celle-ci s’avère pourtant nécessaire.

Durant cette période, réflexion et rétrospection sont de mises. Le voyage est une rencontre avec soi-même. En allant à la rencontre de l’autre, c’est aussi soi qu’on approche : on se construit grâce aux autres. On s’ouvre et se dé-couvre. Dans son mémoire intitulé « Anthropologie de l’Erasmus », Fiorella de Nicola traite de la notion d’identité. On en découvre un extrait sur le magazine européen en ligne Café Babel :

« En somme il nous attend une existence de désadaptés, d’apatrides. Et pas parce que nous n’avons pas une patrie. Mais parce que nous en aurons deux. Ou plus que deux. La nôtre, celle-là où nous sommes nés. Celle qui « nous a adoptés » pour un semestre ou deux. Celle de nos amis : allemands, français, portugais, mexicains, anglais, scandinaves, américains, canadiens : leurs maisons à Alicante étaient les nôtres. Et je ne sais pas par quelle propriété transitive un peu de leurs pays, de leur culture, de leurs amis est devenu nôtre. Bref peut-être que l’identité européenne existe vraiment. »

Christophe Allanic,  considère ce « syndrome Erasmus » – dont les principaux symptômes sont la déprime et l’idéalisation – comme un « processus de deuil parfaitement normal ». Normal à condition qu’il ne dure pas plus de quelques semaines…

Alors, j’ai trouvé le remède : soigner ces maux par les mots. En attendant un nouveau départ, un nouveau voyage qui comblera le vide qu’a laissé Riga en moi, j’ai décidé de débuter une troisième saison sur ce blog que je chérie tant. A venir donc, des articles en veux-tu en voilà, décortiquant l’actualité et analysant les différences clés entre la Lettonie et la France.

Et je ne suis pas la seule à prendre la plume. Après une telle expérience, certains choisissent l’engagement, pour soutenir une Europe qu’on souhaiterait plus unie. Mélanie Sueur, présidente de Café Babel, évoque ainsi la « génération 18-34 » et les motivations qui poussent ces euro-optimistes à s’engager dans un média européen.

Le voyage laisse le goût de la découverte et de l’inconnu sur nos papilles jusque-là endormies. Tant qu’on n’y avait pas goûté, le voyage nous faisait simplement rêver. Mais après avoir croqué dans des terres inconnues, on n’est jamais rassasié de découvertes et l’envie de voyager ne nous quitte plus.

Ernests Dinka

Ernests Dinka

Syndrome post-Erasmus, ils en parlent :

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2 commentaires pour Saison 3, épisode 1 : le syndrome post-Erasmus

  1. loicmaing dit :

    Je cherchais un article sur ce mal, à l’heure où mes amis rentrent chez eux, celui là est particulièrement bien écrit et recherché. Je pourrai leur transmettre pour trouver une explication à leur mal. Merci !

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